Présentation

Concours

Presse-réalité

Mardi 5 décembre 2006


Loin de moi la prétention d'avoir compris ce que peut vivre une personne sans domicile fixe. Loin de moi l'insolence de croire, après avoir fait le clown pendant vingt-quatre heures, que j'ai pu ressentir la profondeur des souffrances qui se répètent chaque jour. Loin de moi enfin, l'idée de retirer une quelconque fierté, à coup sûr déplacée, de cette courte aventure.

Mais d'un autre côté, qui ne s'est jamais demandé comment un être humain a pu en arriver là? Comment une société, dans laquelle on prend plaisir à vivre, peut permettre une telle injustice? Comment puis-je passer, courses à la main, sans avoir le courage d'aider cette autre main sale, tendue et demandant mon attention?
Ce sont là des pensées qui, mêmes sourdes, ne nous quittent guère. Ce sont là de lourdes interrogations qui m'ont poussé à vouloir appréhender les choses sous un angle différent.
C'est le cheminement par lequel, pendant une journée, une nuit, je me suis retrouvé à la rue, espérant que, peut-être, en essayant de comprendre et de ressentir, cela me donnerait la force de changer.

De 8H à 11H: "La curiosité"

Les préparatifs terminés, je revêts mon "costume". Un pantalon déchiré et taché, un tee-shirt froissé et réellement sali d'une fraîche tâche de vin, une veste trop petite, préalablement enduite de terre. Partout de la terre! Dans les cheveux, sous les ongles, sur le visage...
Amusé de cette aventure originale, me voilà qui arrive en ville de Saint-Denis de La Réunion.
Je commence à marcher timidement, avec l'impression que tous les regards sont tournés vers moi. Mais je me trompe.
Après avoir croisé plusieurs personnes dont rien ne peut en détourner l'attention, je me décide à entrer  véritablement dans mon rôle, en prenant place sur un muret, en face du cinéma Gaumont.
Assis là, les cheveux livrés aux caprices du vent, j'observe tout: les couples enlacés dans le parc derrière moi, les voitures accélérant devant moi, les passants perdus dans leurs pensées.
À chaque personne qui m'approche, je tente une percée, j'essaie de capter un regard. Mais rien à faire! Les seuls yeux qui croisent les miens sont vitreux, et ne voient rien, pas même les autres, plus "acceptables".
Première leçon: je ne suis ni sale, ni dangereux, ni dérangeant, je ne suis rien: transparent!



De 11H à 14H: "La faim"

Après la timidité ressentie en arrivant, la curiosité face à l'impression que je vais donner, et la surprise de passer à ce point inaperçu, je commence à ressentir une brûlure au niveau du ventre. Je n'ai rien mangé la veille pour me rapprocher de la réalité. Grand mal m'en a pris! mon estomac brûle, se rétracte, crie...
Il fait chaud, et ma tête tourne doucement. Je me dis qu'en marchant, cela m'aidera à oublier. C'est ce que je fais. Je pars à l'assaut de la ville proprement dite. J'emprunte les rues les plus fréquentées, et passe devant le glacier l'Igloo, jusqu'à la Poste, pour revenir traîner devant le cinéma Ritz.
Et dans le droit-fil de ma première observation, les gens ne se poussant même pas sur un petit trottoir, passent toujours sans me remarquer. C'est le moment de ma deuxième leçon: découvrir à quel point les odeurs alléchantes de nourriture, effluves vagabondes de quelques points de la ville, sont autant de déclencheurs d'envies, de douleurs, et d'énervements.
Je tente de faire la manche, une manche active, mais comme un manche, même poussé par cette faim sans nom: Saint-Denis est sur ce point digne des grandes capitales du monde, car jamais plus qu'à ces moments, les gens n'ont été avares de leurs regards.
Je ne suis sans doute pas assez poussé dans mes retranchements pour être efficace: pas un centime. Je reste décidemment seul, en tête-à-tête avec ma faim.



De 14H à 17H: "L'ennui"

N'ayant pas réussi à récolter d'argent, je décide de me poser quelque part à l'ombre pour attendre que le besoin de manger ne se fasse plus sentir.
Cette faim finit par passer. Mais, assis sur un banc de la cathédrale, je m'apprête à passer l'un des moments les plus horribles de la journée.
Je reste immobile, j'attends. Je commence à me demander à quoi tout ça peut bien servir, je regrette cette idée saugrenue!
Je me laisse aller, malgré moi, dans une sorte de méditation. Mes yeux se perdent dans le vide, mes pensées n'accrochent plus aucun objet. Je m'enfonce lentement dans le béton, jusqu'à ressembler à ce banc, seul encore capable de me supporter!
J'ai presque oublié les gens qui flottaient comme des ombres, à leur tour. Les heures passant, je ne porte plus attention aux appels de mon corps engourdi, de mon dos et de mes jambes endolories.
J'expérimente ce qu'on appelle l'ennui. Et c'est long, très long. Il ne se passe rien, et rien ne peut arriver!



De 17H à 20H: "L'étrange"

Puis, d'un coup violent, comme lors d'une révélation, après une éternité immobile, je me lève et pars, accompagné d'une envie nouvelle, au travers des dédales de cette "ville-fantôme".
Le soir est tombé. Ce fut quelque chose de doux. Le rythme des spectres qui l'habitent s'est ralenti. Sans doute que la raison de leur présence n'est plus motivée que par le désir de se détendre d'une "dure" journée...
C'est à ce moment que j'ai le premier indice de mon existence: un père qui marche s'arrête en me dévisageant. Il a eu peur en me voyant, pour son petit garçon qui gambade derrière lui. C'est la première fois que je suis aussi heureux de faire peur! Puis, advient l'instant le plus surréaliste de mon périple.
Alors que je suis assis en face du "Massalé", sur une caisse de bois, dans un coin sombre, un gars, passant en un rythme effréné, s'arrête pour me fixer.
Il ne me laisse pas le temps d'avoir peur, me fait un grand sourire, et vient s'asseoir à mes côtés. Il parle vite, se présente, il a huit prénoms qu'il énonce trop rapidement pour moi. Je ne peux retenir qu'Ismaël. Il me demande, après m'avoir confessé qu'il buvait trop, un petit joint. À défaut, je lui offre une cigarette. Lorsqu'il voit le paquet rouge, il entre dans une rage noire! Il crie alors qu'il déteste le Ku-Kux-Klan! En frappant de toutes ses forces sur le sol devant moi, il me dit qu'il ne supporte pas les racistes. Il me fait ensuite la confidence, ayant repris son calme et la cigarette, qu'il a appris le karaté avec Jackie Chan, s'est vu remettre une ceinture arc-en-ciel, et pratique depuis la justice divine.
Il est sympa. Après m'avoir dit qu'il partage sa vie entre deux châteaux, il prend congé en me souhaitant de me marier, sincèrement.



De 20H à 05h: "La peur"

Encore absourdi par tant de révélations, je reprends ma route en me disant que c'est tout de même une leçon d'optimisme, que de garder une telle motivation, et une grande force, que de voir un château en lieu et place d'un squat.
Perdu dans mes pensées, je marche sans savoir où je vais. Quand j'ouvre les yeux, je me rends compte alors que la ville est plus sombre, et qu'elle a été désertée.
Fatigué et affamé, je fais escale sur un rebord de la rue Maréchal-Leclerc. Jusque-là ça va. Puis, petit à petit, une angoisse monte en moi. L'atmosphère s'est transformée. j'entends des crissements, des murmures. Les quelques couples qui marchent encore baissent la tête et accélèrent le pas en me voyant maintenant.
Je regarde autour de moi, tout est devenu sinistre. Au milieux de la nuit, un groupe de jeunes vient vers moi, crie et tape sur les poteaux: ils ont comme une folle envie de faire n'importe quoi... Je me tapis dans l'ombre pour qu'ils ne m'aperçoivent pas; j'ai peur. Dans ce coin, exténué, je ferme les yeux un instant, mais comment pourrais-je dormir?!
Chaque nouveau bruit éclate maintenant, et je dois l'avouer, me fait sursauter. Enfin, une âme en peine me remarque, ses yeux doivent êtres habitués à ces endroits sombres. Je lui fais un signe de tête, il me regarde, referme sa bouteille en plastique, et crache juste devant moi, avant de disparaître au loin.
C'en est trop. Je prends mon téléphone dans le fond de ma veste pour qu'on vienne me chercher...




Ces vingt-quatre heures furent une éternité. Une épreuve même avec ce téléphone, cette porte de sortie vers une bonne douche et un repas chaud.
Alors, comment juger celui qui n'a plus la notion d'heure? Comment comprendre celui qui n'est plus curieux de rien, celui qui ne s'ennuie plus car il n'attend plus rien, celui qui revêt l'étrange pour fuir la normalité, et celui qui continue à avoir faim, à avoir peur?
Je n'ai toujours pas de solution. Mais je suis juste revenu à moi avec une certitude: quels que soient mes principes et problèmes, je ne passerai jamais plus près d'une main tendue, sans au moins, au minimum la remplir de quelques pièces. À défaut de pouvoir plus, beaucoup plus...
Par Philobof
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mardi 29 mai 2007


À quoi bon vivre longtemps ? La vie est une succession de mensonges, de désillusions. À chaque instant, nous ne sommes déjà plus celui que nous étions, et pas encore celui que nous serons… Qui sommes-nous alors ?!

Nos sens nous trompent. Il suffirait donc de les déranger méthodiquement pour voir apparaître avec clarté la vérité.
Je suis une étoile filante ! Mon passage ici-bas se doit d’être court, mais intense !
Ce soir, je vais encore me consumer dans l’extase…


La grisaille

Le réveil… C’est horrible, je suis crevé. Pourtant, aujourd’hui, il faut faire un effort. J’ai faim… Rien à bouffer. Bon, j’appelle un pote, on va aller se prendre un petit-déjeuner au bord de la mer.
Ce soleil est insupportable ! Je ne suis vraiment pas fait pour ça ! La mer, c’est bien, mais qu’est-ce qu’il fout ? Mon pote et moi, on n’en peut plus d’attendre. Notre revendeur est cool, mais qu’est-ce qu’il est chiant ! Il ne rappelle jamais ! Il sait pourtant que c’est pour ce soir ! ça va faire une semaine qu’on attend une confirmation… Il pourrait au moins nous prévenir si ce n’est pas possible.
Tiens ! En parlant du loup… Le phone sonne. Non… C’est ma mère… « Oui m’man… Je ne fais pas n’importe quoi… Tu me connais… Je fais gaffe, ce n’est pas moi qui conduit, mais je ne boirai pas trop… Promis ! »
Si elle savait ! Il ne faut pas. Je sens que pour ce soir, c’est foutu… Moi, je ne vais pas dans cette boîte pourrie si on n’a pas nos cachetons !

Le dernier espoir

C’est galère ! Pourquoi je suis venu ?! ça va être encore l’enfer : impossible de danser, de discuter, je vais encore être en parfait décalage ! En bref, une soirée bien nulle !
Quoi ? David est peut-être au bar ? C’est vrai ?! Excellent ! c’est notre dernière chance ! J’y vais seul s’il le faut ! Il faut absolument y aller avant…
Bon, il n’est pas là… Évidemment. La soirée est définitivement morte ! Les autres vont être déçu quand on va revenir les mains vides…
Eh ! Mais ce n’est pas lui ça, avec les gars dehors là ? Si !! Oh, merci mon Dieu ! Faites qu’il en a ! Faites qu’il en a !
Ça c’est de la chance ! Ils sont en train de fumer tranquillement un joint pour lancer la machine. Alors ? Tip top ! La soirée est sauvée, merci mon Dieu !
Bon, il nous les fait à dix euros l’unité, ça c’est cool, mais il n’en a que quatre… Il en fallait dix mais bon… Des pilules Superman ? Mouais, ce ne sont pas des gélules pures MDMA, mais ça fera l’affaire ! Il paraît que la montée est violente…
Alors, comment on fait ? Oui, c’est clair, on ne dit rien aux autres, en plus, on en aura deux chacun : bon l’effet ! Ils vont le remarquer ? Bof, ce n’est pas grave, s’ils voient quelque chose, on leur dira qu’il n’y en avait qu’un seul, et qu’on a pris chacun une moite…
Tape là mon frère ! La soirée peut commencer…

La montée

La soirée s’annonce bien, il y a du monde, des filles… Sauf que ça fait une bonne demi-heure qu’on a gobé et toujours rien, pas de cape qui pousse ! Stéph. me regarde sans arrêt pour voir si ça vient… Toujours rien !
Il ne s’est pas foutu de nous l’autre ? J’attends encore dix minutes, parfois ça prend du temps.
J’espère aussi qu’ils ne vont pas passer cette musique de daube toute la soirée, du ragga !
Hmm… Stéph. vient de me dire de faire attention à mes yeux… Ils sont vitreux et donnent un air de défonce, j’ai les pupilles dilatées à fond ! C’est vrai que je me sens nettement mieux depuis un moment. Ça vient. Stéph. transpire à mort. Alors ?
Oui, moi aussi, c’est là, mais la montée n’est pas très violente ! ça à l’air d’être un love, j’ai du coton dans les jambes, impossible de danser, mais je suis chaud !
Je vais mettre l’autre pour monter le niveau… Là… Discrètement… Hop ! Une petite gorgée de whisky coca pour passer le goût amer… Et voilà.
C’est bon, ils passent de la house, exactement ce qu’il faut. Je transpire énormément, c’est horrible. C’est fou ce que je peux parler sous cet effet ! Je me sens vraiment bien ! Rien ne peut m’arriver, je suis le meilleur ici ! J’adore ça, tous mes sens sont exacerbés, il suffit de frôler une fille qui danse pour ressentir l’équivalent d’une caresse. Je n’arrête plus de parler et le whisky se boit comme de l’eau ! Il faudra prendre une autre bouteille. C’est moi qui l’offre !
J’ai la côte ce soir, je suis tellement bien dans ma peau que je dois dégager quelque chose qui plaît. J’aurais dû garder le deuxième pour la fin de soirée avec une nana… Il faut que je négocie avec Stéph. !
Oulala ! Il grince des dents lui ! Il en fait des grimaces, je vais lui dire de faire gaffe…
Ce que j’aime avec l’ecstasy, c’est que ça désinhibe mais on garde le contrôle. Je dis à mes amis que je les aime, des choses que je ne dirais pas normalement, mais des choses vraies.
C’est hallucinant comme je les aime !

La redescente

Quoi ?! Il est 5 heures du mat’ ! ça ferme ?! Mais ce n’est pas vrai ! C’est passer beaucoup trop vite ! Je ne rentre pas à la maison moi, je suis encore trop bien là… Allons à l’after ! Merde ! Les autres sont crevés, ils n’ont rien pris… J’aurais dû prendre ma caisse ! Mais c’est horrible !
« Alors Nico. ? Tu ne parles plus ? »
Mouais… Là, ça ne va plus… S’ils savaient dans quel délire je suis en ce moment… C’est atroce. J’ai soif, ma bouche est complètement sèche, et l’effet de l’alcool reprend le dessus. Je suis lourd, j’ai des nausées et j’ai froid ! Encore toute cette route à faire pour me poser dans mon lit ! Les effets ont disparu d’un coup ! Et il n’y a pas un blaireau pour me faire fumer un joint ! Plus dur de trouver du zamal qu’un ecstasy… Dans quel monde vit-on ?
La redescente va être monstrueuse !
Heureusement que je n’ai pas ramené une nana ! Je ne peux rien faire. J’ai une boule dans le ventre… On dirait que je porte la mort en moi…
Ma mâchoire me fait mal, mais je n’arrive pas à me relâcher, et aucun chwing-gum en vu… Ah ben bravo !
Il n’était pas génial ce taz. Aller, je fume une dernière cloppe, et je vais dormir. J’ai fumé deux paquets ce soir, je n’en ai presque plus… Elle est dégueulasse en plus celle-là, ma bouche est pâteuse.
Je n’en peux plus, il ne faut surtout pas que je pense à des trucs sérieux, c’est trop malsain là… Je deviens parano… Je vais dormir.
Je vais me réveiller à sept heures du soir, j’éteins le téléphone… Quoi que non, je risque d’être HS pendant trois bon jours avec ça… Il vaut mieux que je le laisse allumé, on ne sait jamais, si mon revendeur se décide à appeler…
Au moins, je pourrai croquer des petits quarts pour assurer lundi, au taff.
Ça passe vraiment trop vite, c’est toujours comme ça quand c’est bon… Je déteste les retours sur terre ! Il ne faut pas que j’oublie d’appeler maman…

Cette expérience s’est répétée mille fois…
J’ai maigri, je perds la mémoire des événements quotidiens, la notion du temps, je n’ai plus beaucoup d’amis, j’ai quelques problèmes de santé, le foie…
Je me suis ruiné et le pire : alors que je ne ressens plus les effets d’euphorie comme au début, je n’ose plus rien faire sans cette petite pilule. Il m'en faut toujours plus.
Le monde est devenu gris, sans goût et sans odeur. Non, l’ecstasy c’est pas le Paradis, c’est l’Enfer !
C’est décidé, j’arrête cette merde !


Si ça vous arrive, gagnez du temps, dites simplement NON à la drogue.
Par Philobof
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

W3C

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus