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Fulgures

Mardi 28 novembre 2006
09/01/2002

Il est nécessaire pour se trouver et se connaître d'expérimenter cet "autre" qui nous hait. Ô, moralistes, laissez-moi m'égarer et me tromper; laissez-moi suivre un autre sentier pour enfin découvrir qu'il existait d'abord un droit chemin! Ma route.

Le soleil est brûlant, l'air lourd; ma peau est moite et mes vêtements collent. J'ai du mal à garder les yeux ouverts tant ma sueur est épaisse et abondante. Pourtant, je me sens bien. Je n'ai jamais ressenti une telle légèreté!
Mes muscles sont raides, ma peau écorchée, ma bouche saigne et pourtant je ne me suis jamais senti aussi fort!
Une odeur de sciure de bois vient relever l'acidité du sang qui se glisse sous ma langue; les douleurs de ma chair torturée se mêlent et nouent ma gorge; pourtant, jamais saveur plus délicieuse n'a su autant me charmer!
Et je regarde ces corps. Je regarde encore. Et je me délecte du décor, avec l'oeil satisfait d'un metteur en scène, celui des plus belles tragédies...
Et je ne comprends déjà plus cet être qui marchait alors, lourd d'angoisse, mort tant de fois, mort de n'avoir jamais su se battre pour terrasser la peur; cette laide que je venais de crucifier en acceptant un combat, le combat.
Quatre inconnus pourtant trop connus; ils voulaient me battre et me voler... En acceptant de combattre, je me suis envolé!
Car je n'aurai plus peur, car je vivrai de coeur maintenant que je suis libre et léger; car je volerai les heures, car aujourd'hui la vie m'appartient!
Leur dépouille ne saurait m'enlever la peine, mais m'apporte la joie : celle de savoir que je ne provoquerai plus telle violence par la seule faute d'un regard qui ne l'avait jamais connu...
Par Philobof
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Mardi 28 novembre 2006
10/01/2002

Il arrive que nos fantasmes soient si forts et si "vrais", qu'ils finissent par exister.
Ils se sacrifient pour nous enivrer et nous permettre d'espérer;
C'est pour cela que nous leur devons de les réaliser et ainsi leur rendre la liberté...

Elle me regarde; elle me regarde puis me sourit. Son sourire s'est habillé du silence et toujours ce regard qu'elle me lance... Je vendrais mon âme pour savoir ce qu'elle pense.
Je la regarde; je la regarde puis la déshabille. Mon sourire s'est fondu en ce silence et au travers de ses yeux, je m'élance... J'ai offert mon corps pour sentir comme elle danse.
Elle me voit; je le sens, je le sais. Elle me boit, et moi, je me laisse glisser.
J'ai connu sa gorge et découvert son ventre, mais toujours ce regard...Et toujours... Je ne sais!
Mais qu'à t-elle à me regarder? Ne m'a-t-elle pas suffisamment dévoré? N'a-t-elle pas liquéfié mon corps, n'a-t-elle pas soufflé mon âme et brisé l'amphore?
Elle me regarde; elle me regarde, je lui souris. Mon sourire qui, en silence, s'est fondu dans le flou de ses yeux.
Et ces yeux, du bleu des rêves, me sourient maintenant!
Puis, j'ai compris. En baissant mes paupières sur le rosé de ses joues, j'ai compris qu'elle ne me regardait pas, j'ai saisi qu'elle ne se contemplait qu'elle; qu'elle ne regardait que celle, qui avait su au premier regard, ne faire de moi qu'une lueur au fond de ses yeux...
O triste amoureux prisonnier de ses voeux!
Mais, elle me regarde; elle me regarde puis se sourit. Son sourire m'a entouré de silences et toujours ces regards qu'elle me lance... Je vendrais mon âme pour ne plus vivre ce qu'elle pense!
        
Par Philobof
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Mardi 28 novembre 2006
04/02/2002

Le plaisir est intimement lié à la douleur; le désir non assouvi ou retardé en est le nerf.
Seulement pour elle, le plaisir c'est ma douleur; malheureusement pour moi, mon désir, c'est son plaisir!

L'air était lourd et les murs cultivaient cette lourdeur dans un espace triste et confiné. Des murs gris, délabrés dont les blessures dessinaient de monstrueuses figures qui me narguaient. Chaque inspiration s'emplissait alors d'une aigre saveur, chaque expiration ajoutait enfin à cette laideur.
Rien d'autre dans la pièce; rien d'autre que moi. Attaché et apeuré, blessé aussi par ces liens qui serraient trop fort. Les douleurs se multipliaient dans ce corps qui n'était presque plus mien; car cela faisait trop longtemps que j'étais resté là, immobile, les yeux livides.
Puis, soudain, ce bruit, ce son; affreuse et languissante mélodie qui me terrifiait, qui m'électrisait. Le rythme de ses pas, le frottement sourd de sa main sur le plâtre des murs... Je transpirais, je suintais et chacune de ces gouttes brûlait ma peau comme la chaude pointe d'une lame qui torture.
Et la porte s'ouvrait en criant son ouverture par une plainte aiguë et métallique. Et il apparaissait, mon tortionnaire, et toujours silencieux, contemplait mon corps nu et offert malgré moi.
Je le regardais aussi et cherchais à comprendre ce vengeur recouvert de cuir noir, ce terrible seigneur au sombre regard, cet ange déchu au fouet flamboyant.
Par Philobof
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Mardi 28 novembre 2006
05/02/2002

La vie se joue sur un unique moment. Quels que soient les efforts, les vertus, les principes, les croyances, qu'on vienne à rater cet instant, simple fragment, et la vie, notre vie, n'est plus... Plus qu'un souvenir d'instantané manqué.

Elle s'était assise là, sur le jaune des dunes. Le repos du silence, l'oubli du vide, tout la poussait vers une légère rêverie; rêverie qui serait emprunte de nostalgie; celle que cette fameuse journée réveillait souvent en elle.
Un banc, des oiseaux, une légère brise sur un ciel bleu et ce fabuleux murmure, continue et sourd, des jeux enfantins derrière elle. Plusieurs longues minutes qu'elle attendait; plusieurs mondes qu'elle traversait pendant ces interminables instants. Son coeur respirait pour elle, en des battements dont le grondement rythmait ses craintes, ses espoirs. Mais il ne venait toujours pas, et elle restait là, à remodeler l'univers qu'elle désirait tant voir se matérialiser.
Toujours ces cris d'enfant dans son dos, toujours ce vent, mais qui la giflait maintenant. Les cieux s'étaient couverts et seules ses craintes survivaient. Il ne viendrait pas! Il ne tiendrait pas les promesses qui n'étaient, certes pas les siennes, mais dont seul lui pouvait être porteur.
Pourquoi?! Mais pourquoi?! Tout s'était si bien enchaîné, chaque chose enroulée l'une dans l'autre: un premier regard dans un sourire, un doux effleurement dans un dernier baiser... Mais il n'était plus venu. Elle si; vingt ans plus tard, comme chaque année, à la même date, elle était revenue... Et toujours ces mêmes sensations, ces mêmes douleurs de crainte et d'espoir.
Alors, fatiguée de rester là, la petite larme se leva pour suivre sa route, sur le jaune des dunes, le pâle de sa joue.
        
Par Philobof
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Mardi 28 novembre 2006
08/02/2002

Souvent, en écrivant, les mots et les signes que j'utilise prennent vie...
Ils deviennent de petits personnages dont je m'inspire pour écrire une histoire... leur histoire, celle de leur être !

Alors qu'un petit mot courait dans tous les sens, il aperçut soudain son amie la contradiction. Le petit mot était ravi de la voir, mais elle était de très mauvaise humeur ! Elle semblait se diriger vers un point précis et ne le remarqua pas. Le petit mot ne comprenait pas et avait rempli ce point d'interrogations ; mais il voulait savoir ! Il se mit alors à courir à contresens pour rejoindre sa contradiction.
Se parant de tous ses plus beaux synonymes, il lui dit avec éloquence : "Mais qu'avez-vous avec ce point, belle assonance ?"
Elle lui répondit alors avec son phrasé légendaire :" C'est le point culminant de tous mes maux ; il bloque, sans arrêt, le mouvement de mon être contradictoire."
Et comprenant sa détresse, le petit mot se mit à invectiver le point d'exclamations, toutes plus dures les unes que les autres.
Ce dernier, surpris de tant de négation, fit un mouvement, laissa un espace entre eux, et appela en renfort son compagnon la majuscule.
Voyant qu'il venait d'y avoir une véritable césure, le petit mot s'écria : "Arrêtons ! Tout cela ne rime à rien !". Il cria si fort vers les autres que tous volèrent en éclats. La contradiction reprit son mouvement, la majuscule se fit minuscule, le point explosa, et se divisa en trois points qui restèrent en suspension : soufflé !
Depuis, le petit mot se fit respecter pour sa verve et son verbe acérés : tous durent lui obéir à la lettre.
Dernièrement je l'ai revu : le petit mot était, comment dire ? Fulgurant !
        
Par Philobof
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Mardi 28 novembre 2006
13/02/2002

Il est temps de parler de cet instant volé; cette seconde où, d'un coup, tout s'est consumé; moins qu'un incendie, plus qu'une flamme, simplement ce feu sacré, simplement cette pensée!

Lumière tamisée; ses mains s'agrippaient. Murs tapissés; ses lèvres murmuraient. Quelques bougies soufflées, et ses yeux fermés.
Musique enivrée; ses cuisses s'enroulaient. Draps froissés; ses seins s’enflaient. Quelques soupirs mêlés, et mes yeux noyés.
Brise glacée; ses chairs frissonnaient. Tissus veloutés; son ombre dansait. Quelques sourires échappés, et nos yeux se sont liés.
Ambiance feutrée; ses reins dansaient. Désordre romancé; ses hanches m'enveloppaient. Quelques frissons invoqués, et nos yeux se sont fixés.
La mélodie de ses quelques heures rêvées, alors que ma bouche se perdait dans l'onde amoureuse de sa peau, alors que sa peau ondulait sur l'humide passion de ma bouche, cet instant, coule et se déverse chaque fois, qu’encore, je rêve de toi…
Par Philobof
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Mardi 28 novembre 2006
14/02/2002

L'homme n'est pas "un" animal, il est l'animalité : "tous" les animaux mêlés.
De la contemplation du reptile à la douce folie du félin, en passant par la dépendance du chien, il s'en éloigne que pour mieux la cerner, ô sublime Nature!

J'arrivais lentement, discrètement. Je ne faisais aucun bruit, je ne pouvais pas être entendu. Je fronçais les sourcils et ouvrais grand les yeux, rien ne pouvait m'échapper. Mes narines se remplissaient d'odeurs de toutes sortes, et tous les muscles de mon corps se serraient de plus en plus fort, prêts à se détendre violemment, à tout moment.
Je me glissais telle une ombre, si prés de mes proies que je pouvais les effleurais de mes lèvres! Je goûtais ainsi discrètement aux premiers effluves de leur évanescente saveur.
Ma peau était de velours, mon odeur se faisait plus sauvage de seconde en seconde; seuls mes yeux luisaient dans cette bruyante jungle, seule mon ombre dansait entre ces folies animales.
Je continuais de chercher, en félin confirmé, la chair qui me ferait sursauter d'envie; je continuais d'avancer, en fauve tourmenté, dans les vapeurs de cette ivresse tourbillonnante.
Puis vint cette beauté, flottante et semblant survoler chaque obstacle de son appétissante grâce; c'était une superbe gazelle à la robe brune et soyeuse; une somptueuse créature offerte à mon appétit bestial.
La chasse pouvait commencer!
Je me glissais, me rapprochais, et, comme la fulgurante déchirure d'un éclair, je bondis vers sa chair...
« Salut, je sais que les boîtes de nuit ne sont pas idéales pour ça, mais j'adorerais faire ta connaissance... »
Nous prîmes alors un verre et, croyez-moi si vous le voulez, nous fîmes de ce mélange de proie et de prédateur, un royal festin!
        
Par Philobof
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