Nous vivons un moment important quant à l'avenir du social.
Le coup d'envoi, c'est la loi pour la gratification des stagiaires dans le cadre de l'égalité des chances.
Les entreprises privées devraient payer environ 380 euros aux stagiaires qui effectuent un stage de plus de trois mois.
Un rapide coup d'œil et rien n'interpelle. Quoi de plus normal et de plus juste pour un stagiaire qui travaille (et souvent plus qu'il ne devrait) que de toucher une rémunération : le fameux
« tout travail mérite salaire », hein ?
Mais attardons-nous un peu, la pomme est peut-être empoisonnée.
Les formations du social sont prises en charge par les centres IRTS (Institut Régional du Travail Social).
Ce sont des formations professionnelles qui impliquent une alternance entre cours théoriques en centre et périodes de stage
plus ou moins longues, le tout sur trois ans.
Il revient donc aux étudiants, aidés de leur centre, de rechercher un terrain de stage qui veut bien d'eux.
Vous me direz que le social n'est pas concerné car les employeurs viennent surtout du public et n'ont donc rien à
payer.
Vous auriez tort. Beaucoup de stages se trouvent dans le privé, comme par exemple les associations.
Vous me crierez que les associations peuvent bien payer s'ils veulent des stagiaires ! Vous auriez un peu raison, mais que dans un monde idéal. En bref, vous seriez naïf.
Alors, où est le problème ?
Il est simple à comprendre.
Tout d'abord, les étudiants ne voudront que des stages "gratifiants".
Ensuite, les entreprises privées ne chercheront plus qu'un « retour sur investissement » lorsqu'ils choisiront un stagiaire. Ce ne serait plus fait que dans une
perspective de recrutement.
Enfin, mis à part la minorité d'entreprises pérennes, les PME ne prendront tout simplement plus de stagiaires.
Même dans le cas où le gouvernement reverserait une prime pour motiver les entreprises, il faudrait qu'elles soient versées à temps
pour être prise en compte à temps dans le budget de l'année.
Quand on sait que certains titulaires ne sont plus remplacés par manque de moyens... On imagine le résultat quant aux stagiaires.
Ainsi, le monde du social est menacé.
Si les IRTS ne peuvent plus assurés des terrains de stage en nombre suffisant aux étudiants, les diplômes ne peuvent plus êtres validés.
A moyens terme, les IRTS disparaissent et dans le cadre de la volonté d'harmonisation européenne des formations supérieures, les futurs assistants
sociaux passent sous la coupe des universités.
Qu'est-ce que cela veut dire ?
Cela veut dire que la formation perd sa spécificité et ne réussit plus à affirmer ce qui fait sa véritable plus-value : la relation d'aide à la personne, son savoir-faire.
Entrevoyez-vous à quel point cette pomme est amère ? Une fois inoculé, le poison effacera ni plus ni moins la fonction même du travailleur social en ne faisant de lui qu'un administratif de base de plus, en d'autres termes, un exécutant.
Malheureusement, les étudiants ne bougent pas tous dans le bon sens. Ils ne veulent qu'une pomme encore plus grosse ! Ils demandent à ce que les stagiaires du
public soient aussi rémunérés...
Plus la pomme est grosse, plus le poison est présent.
C'est pour tout cela que je vous appelle à vous mobiliser en rangs serrés.
Contre les pommes de la discorde, choisissez les raisins de la colère ! Mais colère pour les bonnes raisons :
Dites simplement NON à la gratification des stagiaires !
(Mon Dieu, dans quel monde vit-on ?! Je n'aurais jamais imaginé pouvoir écrire
ça un jour...)
