Qui n'est pas resté figé, foudroyé par le coup de pied dévastateur de Tony Jaa dans la première scène de combat du film Ong-Bak? Après Bruce pour le Jet Kune Do, Jackie et Jet pour le Kung-fu, le Muay Thaï a trouvé son héros moderne. Mais s'il est indéniable que l'acteur n'est pas qu'une chimère, s'étant entraîné pendant quatre ans pour le film à la version guerrière de cet art, qu'il a insufflé un élan nouveau à la discipline, le Muay Thaï est beaucoup, beaucoup plus que cela.
LA RICHESSE D'UNE CULTURE
Aucune trace écrite ne subsiste des origines du
Muay Thaï, les archives ayant été détruites par l'invasion des Birmans en 1767. Mais comme toute histoire, elle a ses mythes: Phra Chao Sua, le "
roi tigre", et Naï Khanom Tom, le héros prisonnier qui terrassa les meilleurs maîtres birmans à tel point qu'il fut libéré pour son panache...
C'est avant tout un
art guerrier, appelé pahuyut, puis
Muay Thaï Samay Boran (seuls les militaires avaient le droit de pratiquer), qui n'est devenu Muay Thaï qu'à l'époque moderne, où l'on recherche déjà plus à institutionnaliser la pratique.
Muay Thaï veut dire
boxe libre. Libre, comme ce peuple Thaï qui a su garder toute sa personnalité culturelle au travers des âges tourmentés.
LES CAMPS D'ENTRAÎNEMENT THAÏ
Cette image persiste, d'une végétation dense, dans un endroit loin de tout, où soudain, apparaît un groupe d'habitations en bois recueillant dans le silence et la sueur des
combattants ne vivant que pour et part le Muay Thaï authentique et ancestral.
Médiatisé encore par le film retraçant la vie du
boxeur français
Dida,
Chock Dee, le rêve de beaucoup de jeunes est de partir en laissant tout derrière soi, prêt à tous les sacrifices et humiliations afin de profiter de ces entraînements traditionnels.
Mais il faut savoir que là-bas, le Muay ThaÏ est un véritable phénomène de société: plus de 6 000
camps, 70 000 boxeurs
pro, deux immenses stadiums que sont le
Lumpinee (géré par l'armée) et le
Radjadamnoen (géré par la police), et des millions de spectateurs. Bien plus qu'un sport, c'est toute une vie!
Et une grosse histoire de sous... La victoire d'un boxeur à une de ces prestigieuses manifestations peut faire vivre tout un camp pendant des mois (50% des gains pour l'entraîneur).
Le jeune coq français parti à la recherche de l'essence même de sa passion devra dépasser bien des obstacles: la promiscuité dans les camps, l'hygiène, les blessures, la barrière de la langue... Mais, s'il persévère, il pourra découvrir la raison qui le pousse, le sens profond de son existence, et retenir les vertus du bouddhisme dans le noble refus d'extérioriser sa souffrance, de maîtriser sa
douleur, et de respecter ceux qui transmettent le savoir.
Finallement... Apprendre à vivre.
LA FRANCE, TERRE D'ADOPTION
La France a très vite senti le potentiel extraordinaire du
sillapa (art) Thaï. Dès 1975, des
Patrick Brizon,
Roger Paschy, en 1979, des
Jacques Mairesse et
Gilles Belloni se rendent à Bangkok pour s'imprégner du Muay Thaï. Revenus vers la France, ils fondent de véritables foyers d'entraînement d'où jailliront les flammes à venir.
Mais si le
Muay Thaï rencontre instinctivement un succès populaire, il se heurte à la jalousie et l'hostilité de ses disciplines soeurs et des pouvoirs publics. Cet art doit s'affilier à un autre (
judo...) pour des représentations publiques qui ne sont pas validées hors du territoire.
Il faudra attendre 1981 pour qu'une
fédération voie le jour et qu'une régulation commence doucement.
On trouve plusieurs niveaux avec des catégories D, C, B et A. Plus on monte (vers A), moins il y a de protections et la durée et le nombre des rounds est plus élevé.
C'est ici qu'on arrive à la France, deuxième nation de Muay Thaï du monde! Avec un patrimoine riche de performeurs comme Dida,
Nikémia (il a son propre camp en
Thaïlande!),
Le Banneur, et tant d'autres (les nouvelles vagues), le pays est promis à un bel avenir. Ainsi, l'empereur du Muay Thaï,
Ratanasuban lui-même, affirme que la France est du niveau de la Thaïlande (voire plus) pour les 65-70 kilos.
Le Muay Thaï est un
art martial riche et un
sport de combat extrêmement efficace. La France offre aujourd'hui des entraînements tirés de l'expérience des camps thaï, mais avec le savoir faire technique et scientifique de l'Occident. Cette synergie permet par exemple de diminuer les risques inutiles de
blessures, tant que l'on est pas prêt, par le port de
protections.
Reconnu déjà comme le ou l'un des maîtres du
sport de percussion (tous le pratiquent au
Pride), il est en plus un sport de
préhension redoutablement efficace.
Alors, il est temps de s'y mettre pour enfin savoir qui l'on est, explorer ses derniers retranchements et devenir ce que l'on appelle communément... Un Homme!